Rencontre avec Luce Lapin, porte-parole Quel est le but de cette manifestation?
Notre objectif est de demander le retrait de l’inscription de la corrida du patrimoine culturel français, que les responsables du lynchage des anticorrida qui manifestaient pacifiquement à Rodilhan le 8 octobre 2011 soient jugés et punis à la mesure de la violence dont ils ont fait preuve. Nous souhaitons également obtenir des candidats à la présidentielle que figure l’abolition de la corrida dans leur programme.
Pourquoi demandez-vous l'interdiction de la corrida ?
Il est insoutenable et inacceptable qu’au xxie siècle la torture et la mise à mort d’un animal, en l’occurrence celle de six bovins par corrida, soient érigées en «spectacle», avec un public sanguinaire qui paie pour assister à ces exécutions.
Combien de corridas sont organisées en France ?
Officiellement, sans parler des entrainements, où des taureaux sont également sacrifiés, un peu moins de 150 par an.
La corrida draine-t-elle beaucoup d’argent ?
Elle draine l’argent… des contribuables, puisqu’elle n’existe que grâce aux subventions, municipales ou territoriales. Elle ne génère aucune économie intrinsèque. D’une façon générale, les corridas sont déficitaires. Un bon exemple : à Bayonne, un déficit de 400.000 euros pour la saison dernière.
Comprenez-vous ceux qui affirment que la corrida est une tradition et ne doit donc pas être supprimée ?
Une tradition qui n’est que souffrance et mort infligées à un être sensible ne peut en aucun cas perdurer comme étant digne de ce nom. Quand une tradition fait appel à des pulsions cruelles et morbides de la part des humains, une seule chose à faire : la supprimer.
De nombreux aficionados affirment que le taureau ne souffre pas. Qu'avez-vous à leur répondre ?
José Enrique Zaldivar, du collectif des vétérinaires opposés à la corrida, est intervenu le 4 mars 2010 au Parlement catalan espagnol. Son exposé démontre de façon incontestable que, du fait deslésions anatomiques, des altérations métaboliques et neuro-endocriniennes, la souffrance du taureau durant la corrida ne peut en aucune façon être remise en cause.
La tauromachie a été récemment inscrite à l'inventaire du patrimoine immatériel français. Le combat ne se situe-t-il pas désormais avant tout au niveau européen ?
L’inscription n’a rien à voir avec l’Europe, mais avec le patrimoine mondial de l’Unesco, qui est l’objectif affiché des aficionados. Le 5 décembre 2011, le tribunal administratif de Paris a jugé le «caractère sérieux», donc recevable, de la QPC, question prioritaire de constitutionnalité, posée par le CRAC Europe et Droits des animaux dans la procédure qui les oppose au ministère de la Culture, et l’a renvoyée au Conseil d’État. Quand ce dernier aura rendu sa décision, le tribunal administratif se prononcera sur d’autres questions, notamment le détournement de pouvoir, le classement ayant été opéré par Philippe Belaval, directeur général du patrimoine au ministère de la Culture et de la Communication, mais aussi aficionado notoire, impliqué dans plusieurs associations de promotion de la corrida. Sur l’Europe, notre association s’intitule CRAC Europe, Comité Radicalement Anti Corrida Europe pour la protection de l’enfance, c’est-à-dire contre les écoles taurines, dans lesquelles on apprend à des enfants à tuer des veaux pour « s’exercer ». Nous avons des contacts réguliers avec les abolitionnistes espagnols et portugais, et, au-delà même de l’Europe, au niveau mondial, avec des pays d’Amérique du Sud.
- Photo : D.R. Michel Pourny